Ca devrait être une bonne chose…alors pourquoi on dirait pas?
Les cellules souches (stem cells en anglais) sont des cellules indifférenciées, c’est-à-dire qui ne possèdent aucune spécialisation. Juste après la fécondation par exemple, les premières cellules qui constituent les embryons sont des cellules souches, et c’est en se divisant successivement ensuite, qu’elles acquièrent des caractères propres et deviennent des cellules de peau, de muscles, d’os etc… Chez l’adulte, leur nombre est très limité, on en trouve notamment dans la moelle osseuse (cellules souches hématopoïétiques à l’origine des cellules du sang).
Un des grands défis de la recherche actuelle en biologie cellulaire est de comprendre quels sont les facteurs qui poussent ces cellules indifférenciées vers une lignée donnée de cellules filles. L’objectif étant, par exemple, de pouvoir régénérer des tissus voire même créer des organes complets, ce qui aurait en médecine des applications très intéressantes.
Le mois dernier, une équipe de chercheurs français de l’I-stem d’Evry a annoncé une première mondiale, la réussite de la fabrication de peau in vitro à partir de cellules souches d’embryons (embryons surnuméraires lors d’inséminations artificielles), offrant ainsi l’espoir, dans un avenir à moyen terme, de pouvoir générer de véritables banques de peau pour les grands brûlés par exemple.
Pourquoi la VG Terre s’intéresse particulièrement à cela ? Et bien parce que ce genre d’avancé scientifique n’a potentiellement pas qu’une application médicale. Créer des tissus in vitro signifie aussi pouvoir produire de la viande, sans passer par l’étape : animal en vie à transformer en steak haché.
Et d’après le Times, cette perspective n’a pas échappé à une équipe Néerlandaise de l’université d’Eindhoven, dirigée par le docteur Mark Post, qui a réussi à fabriquer de la viande de porc in vitro (à partir d’une cellule musculaire – myoblaste – de porc). Pour l’instant, le résultat n’est pas tout à fait au point: un bout de muscle mou et gluant, car n’ayant pas subi les contraintes mécaniques qu’il aurait dû s’il avait appartenu à un animal entier, bien en vie. Reste donc à trouver une façon de faire s’exercer ce petit « filet mignon en devenir » avant de pouvoir se lancer dans le business de la « saucisse éthique ». Egalement, une autre question qui doit être adressée avant de pouvoir crier victoire concerne le goût de cette production in vitro. En effet, les règles sont strictes dans le monde de la recherche « tu ne goûteras point le fruit issu de ta boite de Pétri ».
Enfin, considérant que d’ici 2050 il y aura 9 milliards de bouches à nourrir sur la planète, seule la maîtrise de la différenciation cellulaire depuis la cellule souche jusqu’à la cellule musculaire permettra une production massive « d’escalopes de laboratoire» (les cellules indifférenciées pouvant virtuellement se renouveler indéfiniment).
En attendant, la PETA (People for Ethical Treatment of Animals) s’est déjà prononcée en faveur de cette « viande in vitro » : “As far as we’re concerned, if meat is no longer a piece of a dead animal there’s no ethical objection” (Pour autant que nous sommes concernés, si la viande n’est pas le sous produit d’un animal mort, il n’y a pas d’objection éthique). L’organisation de défense des animaux avait même lancé en 2008 un concours offrant un million de dollars à qui créera de la viande sans tuer le moindre animal.
Tout cela est donc à priori une bonne chose non ? Pourtant, je ne peux m’empêcher de trouver ces projets plutôt dégoûtants. Comme quoi, finalement, après être devenue végétarienne par compassion pour les animaux et souci de l’environnement, j’en suis peut être arrivée à ne plus aimer la viande pour ce qu’elle est et non ce qu’elle était.
Dans une note plus joyeuse, je vous mets ici un extrait d’une série humoristique que j’ai découverte cette année : « Better off Ted », qui retrace les aventures de Ted, le directeur du département Recherche et Développement de Veridian Dynamics, une grande multinationale totalement dépourvue de sens éthique ou de moralité. Dans la vidéo, son équipe scientifique essaie justement de faire du steak in vitro et se retrouve confrontée au problème de sa fermeté…
