« You have not lived until you’ve found something worth dying for » (vous n’avez pas vécu tant que vous n’avez pas trouvé quelque chose pour laquelle il vaut la peine de mourir) – Whale Wars sur Animal Planet
Hier, à 10h du matin, l’équipage du Steve Irwin, bateau de l’organisation de défense des animaux la Sea Shepherd Conservation Society (connue pour ses actions téméraires), a levé l’ancre à Fremantle en Australie, marquant le coup d’envoi de la 6ème campagne de lutte contre la chasse aux baleines en Antarctique.
Depuis 1986, la Commission Internationale de la Chasse à la Baleine (International Whaling Commission) a interdit la pêche de ces animaux pour des fins commerciales en imposant un moratoire international dans les eaux autour du globe. Cependant, 3 nations continuent le massacre des cétacés : le Japon, la Norvège et l’Iceland, sous le prétexte de tuer pour la recherche scientifique (et comme il ne faut pas gaspiller, la viande récupérée est vendue pour sa consommation). Depuis 20 ans, ces pays ont causé la mort de plus de 25 000 baleines, sans autant avoir publié quelques données que ce soit d’un point de vue scientifique. Aucun gouvernement n’a les ressources pour faire appliquer la loi et c’est pour cela que la Sea Shepherd Society a décidé de prendre les choses en main.
Cette année, l’opération a été baptisée « Waltzing Matilda » en l’honneur du poème du même nom, de l’Australien Andrew Banjo Peterson (repris en chanson et devenu hymne officieux du pays). Ce choix par le Capitaine Paul Watson, poète à ses heures, n’est pas anodin. C’est une façon de remercier la « nation des kangourous » pour le soutien qu’elle apporte à l’organisation depuis des années.
L’objectif de « Waltzing Matilda » est clair : faire couler la flotte japonaise…financièrement du moins. Depuis toujours, le Steve Irwin tente d’empêcher le Nisshun Maru, le « bateau usine » japonais (qui fait entrer la baleine d’un côté et sortir les boites de conserves de l’autre), et les harponneurs Yushin Maru 1, 2 & 3 de mener leur macabre business.
Comment la Sea Shepherd s’y prend-elle ? Grâce à plusieurs techniques élaborées au cours des différentes campagnes (et qui partagent toutes deux caractéristiques clés : elles sont risquées et, en aucun cas, ne visent à faire des blessés parmi les braconniers):
- La corde dans les moteurs : A l’aide de vedettes (style zodiac), la Sea Shepherd se positionne parallèlement à la proue des bateaux japonais, puis en croise la trajectoire par l’avant (le plus proche possible des navires pour ne pas qu’ils aient le temps de changer de direction) en libérant de longs cordages dans les eaux. Ces derniers aspirés par les hélices des moteurs des baleiniers au moment où ils passent dessus, s’enroulent autour et en bloquent la propulsion. Le temps passé à réparer les dégâts est du temps non occupé à tuer.
- La bombe puante : Le Steve Irwin se place à côté des bateaux japonais, le plus proche possible, afin de permettre à l’équipage de la Sea Shepherd de lancer des bouteilles d’acide butyrique sur le pont des baleiniers. Le liquide, d’une odeur infecte (imaginez un mélange de parmesan rance et de vomi), perturbe le quotidien des équipages japonais mais également rend invendable toute chaire de baleine qui aurait été touchée directement par l’acide ou par un outil précédemment souillé par le liquide.
- Les paquets glissants : tout comme pour les bombes puantes, les équipages du Steve Irwin envoient des « enveloppes d’hydroxy-méthyl-propyle de cellulose » sur les ponts des baleiniers et sur leurs harpons. Ceci est un produit non toxique utilisé dans l’industrie alimentaire pour l’enrobage des comprimés (afin de pouvoir les avaler plus facilement). La substance est très glissante dans l’eau, elle transforme les ponts des bateaux en vraies patinoires et se nettoie difficilement.
- L’incident diplomatique : une des armes principales et les plus efficaces de la Sea Shepherd est la communication. En 2008, deux membres de l’équipage du Steve Irwin sont montés à bord d’un baleinier, sans autre objectif que de se retrouver « prisonniers » sur le navire (n’ayant pas de moyens pour leur faire quitter le bateau, et ne pouvant décemment pas les jeter à l’eau, car glacée, les japonais ont été obligés de les garder enfermés à bord). Ceci a permis à la Sea Shepherd de déclarer publiquement que deux de leurs membres étaient retenus en otages. L’incident a créé une énorme polémique internationale entre les gouvernements australien et japonais, nécessitant l’intervention de diplomates des deux pays. Au final, un vaisseau militaire australien a été réquisitionné pour récupérer les deux activistes et les ramener sur le Steve Irwin.
C’est pour ce genre d’action que la popularité de la Sea Shepherd est sujette à la controverse et que les membres de l’organisation sont traités de filous, prêts à tout pour atteindre leurs objectifs.
Sur la VG Terre, les eaux frémissent d’anticipation à l’idée de savoir ces « pirates des temps modernes » en route vers les 40ème rugissants et les 50ème hurlants. Cette année pourrait bien être la dernière pour la flotte japonaise. En plus d’avoir été très affectée par la crise économique, la chute continue de ses bénéfices résultat des actions de la Sea Shepherd (près de 60% de décroissance) pousse le gouvernement japonais à reconsidérer son intérêt économique (il hésite de plus en plus à gaspiller l’argent des contribuables dans la subvention de cette activité).
Cependant, la bataille s’annonce tout de même rude. Désormais les baleiniers japonais sont équipés non seulement de canons à eau pour empêcher l’approche des hors-bords de la Sea Shepherd, mais également de LRADs (Long Range Acoustic Device), véritable « canons à sons », capables d’émettre et d’orienter un « fuseau sonore » de plus de 146 dB sur une cible distante (le seuil tolérable pour l’oreille humaine étant de 140 dB, au dessus duquel des dommages permanents sont possibles). Ce genre d’appareil est utilisé dans l’armée pour désorienter l’ennemi qui, exposé à ce bruit comparable à une très puissante alarme à incendie, peut ressentir des troubles de la vision et de l’équilibre.
Heureusement, de son côté, comme nous en parlions dans un précédent post, la Sea Shepherd compte également une nouvelle arme de taille, un nouveau membre dans sa flotte : le fabuleux Ady Gil (anciennement Earthrace, un des bateaux les plus rapides au monde), sous le commandement du Capitaine Pete Bethune, qui sera utilisé pour poursuivre et bloquer les harponneurs.
Enfin, et à ma plus grande joie, cette année encore, une équipe de cameramen de la chaîne américaine Animal Planet, a embarqué sur le Steve Irwin afin de filmer la campagne et de nous la rapporter dans la troisième saison de la série Whale Wars, qui sera diffusée l’été prochain aux Etats-Unis (ce qui en plus d’être très intéressant, permet de faire connaître l’organisation et de récolter plus de donations).
Ci-dessous, vous pouvez visionner le trailer de la saison 1 et des teasers de la saison 2 de Whale Wars:
